D'où vient Linux, qui l'a créé, pourquoi il existe mille « distributions », comment on installe des logiciels et quelles certifications passer. La culture générale du métier, en une page.
En 1991, un étudiant finlandais de 21 ans poste un message resté célèbre : « je fais un système d'exploitation (gratuit) — juste un hobby, ça ne sera pas gros et pro ». Ce hobby, c'est le noyau Linux, aujourd'hui au cœur de la majorité des serveurs du monde, d'Android et des supercalculateurs.
Il n'a pas fait qu'un noyau : en 2005, pour gérer le code de Linux, il crée Git — l'outil de versioning que tu apprends au chapitre 17. Deux outils fondateurs, un seul homme.
Sa mascotte ? Tux, le manchot 🐧, choisi parce que Linus aime les manchots. Le noyau est libre : n'importe qui peut le lire, le modifier, le redistribuer (licence GPL).
Linux n'est pas né de rien : il s'appuie sur vingt ans d'idées. Trois-quatre noms à connaître, et les dates qui ont tout changé.
Ils inventent Unix, puis le langage C pour l'écrire. Toute la philosophie de Linux — petits outils, « tout est fichier », le shell — vient d'eux.
Père du logiciel libre : il lance GNU, écrit la licence GPL et des outils majeurs (Emacs, GCC). Le « libre » de Linux, c'est son combat.
Il assemble la pièce manquante — le noyau — et le diffuse librement. GNU + Linux = enfin un système complet. Plus tard, il crée Git.
Il écrit Bash, le shell que tu utilises dans le Dojo — l'interpréteur de commandes par défaut de la plupart des distributions.
init.Le noyau seul ne suffit pas à s'en servir. Une distribution (« distro ») emballe le noyau avec des outils, un installateur, un bureau et un gestionnaire de logiciels. C'est pour ça qu'il en existe des centaines.
On dit souvent « GNU/Linux » : le noyau de Linus + les outils du projet GNU de Richard Stallman (lancé en 1983), qui a aussi donné la licence libre GPL. Ensemble, ils forment un système d'exploitation complet.
👉 Bonne nouvelle pour toi : les commandes du Dojo (ls, cd, chmod, grep…) fonctionnent à l'identique sur toutes les distros. Seule la façon d'installer des logiciels change.
On croit que Linux est « pour les geeks ». En réalité, tu t'en sers tous les jours sans le savoir.
Presque toutes les distros descendent de 3-4 « ancêtres ». Connaître la famille, c'est connaître son gestionnaire de paquets et sa philosophie.
La plus répandue. Stable, immense logithèque. La porte d'entrée du grand public et des serveurs.
Le monde de l'entreprise. Support commercial, stabilité, très demandé sur le marché du travail.
Le « fais-le toi-même ». Toujours à jour (rolling release), minimaliste, pour ceux qui veulent tout maîtriser.
Des distros spécialisées qu'on croise vite dès qu'on touche aux serveurs et aux conteneurs.
La distro des hackers éthiques et pentesteurs, éditée par OffSec. Basée sur Debian, elle arrive avec 600+ outils de sécurité préinstallés (Nmap, Metasploit, Wireshark, Burp…). À utiliser dans un cadre légal et autorisé uniquement.
La plus connue du grand public. Éditée par Canonical, elle a démocratisé Linux sur le bureau et domine sur les serveurs et le cloud. Version LTS (Long Term Support) = 5 ans de mises à jour, l'idéal pour un serveur qu'on garde.
La référence en entreprise. On paie surtout le support et les certifications. Beaucoup d'offres d'emploi « admin Linux » parlent RHEL. Ses clones gratuits Rocky et AlmaLinux sont identiques, sans le support.
Le « grand-père » stable et 100 % communautaire (depuis 1993). Rien de tape-à-l'œil, mais d'une fiabilité légendaire — c'est pourquoi tant d'autres distros (dont Ubuntu) sont bâties dessus.
Sous Linux, on n'installe pas en téléchargeant un .exe : on demande à un gestionnaire de paquets qui va chercher le logiciel dans une logithèque officielle, avec ses dépendances. Même geste partout, commande différente selon la famille.
| Action | apt (Debian/Ubuntu) | dnf (Fedora/RHEL) | pacman (Arch) | zypper (openSUSE) |
|---|---|---|---|---|
| Installer paquet | apt install paquet | dnf install paquet | pacman -S paquet | zypper install paquet |
| Chercher | apt search mot | dnf search mot | pacman -Ss mot | zypper search mot |
| Tout mettre à jour | apt update && apt upgrade | dnf upgrade | pacman -Syu | zypper update |
| Supprimer | apt remove paquet | dnf remove paquet | pacman -R paquet | zypper remove paquet |
➕ Il existe aussi des formats universels, qui marchent sur (presque) toutes les distros : Snap (Canonical), Flatpak et AppImage. Pratiques pour les applis de bureau, un peu plus lourds. Côté conteneurs, Alpine utilise apk, ultra-léger.
Quand tu ouvres un site, ta requête traverse presque toujours des intermédiaires avant d'atteindre l'application : un proxy (du latin procurator, « celui qui agit à la place d'un autre »). Il en existe deux familles, qu'on confond souvent — la différence tient en une question : qui représente-t-il ?
Il reçoit les visiteurs à la place de l'application, cachée derrière lui. Le visiteur ne sait même pas qu'il existe.
Il sort sur Internet à la place des machines d'un réseau. Le site visité voit l'adresse du proxy, pas la tienne.
Né de « patches » ajoutés à un ancien serveur (d'où la blague : a patchy server), Apache httpd a servi la majorité du web pendant quinze ans. Un processus (ou thread) par connexion : simple et robuste, mais gourmand quand les visiteurs se comptent par milliers.
Comment tenir 10 000 connexions simultanées sur une seule machine ? Pour répondre à ce défi, le Russe Igor Sysoev écrit nginx (« engine-x ») : une boucle d'événements qui gère des milliers de clients avec quelques processus. Il est aujourd'hui l'un des serveurs web les plus utilisés au monde.
Issu d'un projet de recherche américain (Harvest), Squid est le proxy sortant de référence depuis près de 30 ans. À l'époque des modems, garder une page en cache évitait de la retélécharger : un vrai gain de temps et d'argent.
Cloudflare, Akamai, Fastly sont des reverse proxys répartis sur toute la planète. Une grande partie du web passe par eux : ils servent les pages depuis un serveur proche de toi et absorbent les attaques DDoS.
| Outil | Rôle | Pourquoi on le choisit |
|---|---|---|
| nginx | reverse proxy + serveur web | Rapide, léger, partout. C'est lui que tu configures au chapitre 21 du Dojo. |
| Apache httpd | serveur web (+ mod_proxy) | L'historique, très modulaire, encore massivement déployé. |
| HAProxy | reverse proxy / load balancer | Spécialiste de la répartition de charge, très haute performance. |
| Traefik · Caddy | reverse proxy moderne | Configuration automatique, HTTPS (Let's Encrypt) sans effort. Idéal avec Docker. |
| Envoy | reverse proxy cloud-native | Au cœur des architectures Kubernetes et des « service mesh ». |
| Squid | forward proxy + cache | Le proxy sortant de référence en entreprise et dans l'éducation. |
💡 Le réflexe à retenir : un 502 Bad Gateway veut dire que le proxy fonctionne, mais que l'application derrière lui ne répond pas. Tu sais maintenant où chercher.
Banques, hôpitaux, opérateurs télécom, industrie : quand une grande entreprise fait tourner Linux, c'est très souvent la famille Red Hat. Même noyau que sur Ubuntu, mêmes ls et cd — mais d'autres outils, une autre culture… et la certification la plus demandée des recruteurs.
Chaque nouveauté est d'abord testée dans Fedora, stabilisée dans CentOS Stream, puis livrée dans RHEL — pour 10 ans de mises à jour.
Pas de QCM : on te donne des machines et une liste de tâches. Un script vérifie ensuite ce qui fonctionne vraiment.
--permanent, /etc/fstab, enableman et la doc installéeÀ l'université, Marc Ewing portait la casquette rouge de son grand-père. Ceux qui avaient un problème informatique allaient voir « le gars au chapeau rouge ». Il en a fait le nom de sa distribution (1994), puis de l'entreprise fondée avec Bob Young. En 2019, IBM la rachète pour 34 milliards de dollars, l'un des plus gros rachats de l'histoire du logiciel.
Conçu par l'agence de sécurité américaine et publié en logiciel libre en 2000, SELinux colle une étiquette sur chaque fichier et chaque programme. Même root ne peut pas faire ce que la politique n'a pas prévu. Le code est public et relu par toute la communauté : c'est justement ce qui permet de lui faire confiance.
CentOS était le clone gratuit de RHEL, utilisé partout. Fin 2020, Red Hat annonce l'arrêt anticipé de CentOS 8 au profit de CentOS Stream, placé avant RHEL. Colère de la communauté… et naissance de Rocky Linux (par un cofondateur de CentOS) et d'AlmaLinux en quelques mois.
Beaucoup d'outils de ton Linux viennent de chez Red Hat : NetworkManager (2004), systemd (2010, par Lennart Poettering), podman (2018, des conteneurs sans démon root). Même Ubuntu les utilise. Apprendre Red Hat, c'est apprendre le Linux moderne.
| Tâche | Debian / Ubuntu | Red Hat / Rocky |
|---|---|---|
| Installer un paquet | apt install .deb | dnf install .rpm |
| Pare-feu | ufw | firewall-cmd (firewalld) |
| Contrôle d'accès renforcé | AppArmor (profils par programme) | SELinux (étiquettes sur tout) |
| Groupe des admins | sudo | wheel |
| Réseau | netplan (Ubuntu serveur) | nmcli (NetworkManager) |
| Service installé | démarre tout seul | reste arrêté : systemctl enable --now |
| Conteneurs | Docker | podman (mêmes commandes) |
| Serveur web Apache | apache2 | httpd |
🎩 Envie de t'entraîner ? La page RHCSA du Dojo te connecte à un serveur Red Hat simulé ([kai@rhcsa ~]$), avec une jauge « Prêt pour l'examen » et des labs corrigés sur ta propre VM.
« Libre » ne veut pas dire « sans valeur ». Libre = tu peux le lire, le modifier, le partager (c'est une liberté). Et la plupart des distros sont aussi gratuites. Alors comment tout ce monde vit-il ? Simple : on ne vend pas le logiciel — on vend le service autour.
Red Hat (IBM), Canonical, SUSE vendent aux entreprises l'assistance, la garantie et les mises à jour longue durée. Le logiciel est gratuit ; la tranquillité, non.
AWS, Google, Microsoft font tourner des millions de serveurs Linux et te vendent la puissance de calcul. Linux est le socle de toute l'industrie du cloud.
Google, Intel, Meta, Microsoft… paient des développeurs pour améliorer le noyau : ils en dépendent. La majorité du code du noyau vient de salariés d'entreprises.
Les certifications (Red Hat, LPI), les formations et les dons aux fondations (Linux Foundation, Debian) financent aussi l'écosystème.
🔁 Le cercle vertueux : chacun améliore le même bien commun au lieu de réinventer la roue dans son coin. Résultat : Linux avance souvent plus vite — et plus solidement — qu'un logiciel fermé.
Utiles pour décrocher un poste d'admin Linux ou de la sécurité. Certaines sont neutres (toutes distros), d'autres liées à un éditeur. Les plus respectées sont 100 % pratiques : on t'installe devant un vrai serveur à réparer.
| Certification | Par | Niveau | Pour qui |
|---|---|---|---|
| CompTIA Linux+ | CompTIA | Débutant | Premier certif, neutre (toutes distros). Bon point de départ. |
| LPIC-1 → LPIC-3 | Linux Professional Institute | Débutant → Expert | Parcours neutre et progressif, reconnu en Europe. |
| RHCSA puis RHCE | Red Hat | Inter. → Avancé | La référence entreprise, 100 % pratique. Très demandée sur le marché. Entraîne-toi sur la page 🎩 RHCSA du Dojo. |
| LFCS / LFCE | Linux Foundation | Inter. → Avancé | Pratique, neutre, portée par la fondation qui héberge le noyau. |
| OSCP | OffSec (Kali) | Avancé | La star du pentest : 24 h pour pirater des machines. Exigeante et réputée. |
💡 Un ordre logique : Linux+ ou LPIC-1 pour les bases → RHCSA pour l'emploi admin → OSCP si tu vises la sécurité offensive. Mais le meilleur CV reste tes projets (chapitre Projets du Dojo 😉).
Le manchot mascotte, dessiné par Larry Ewing en 1996. On le voit au démarrage de nombreuses machines Linux.
La licence qui garantit qu'un logiciel reste libre : lire, modifier, partager. Le carburant de tout l'écosystème.
« Super User DO » : exécuter une commande avec les droits d'administrateur. Le fameux sudo apt install….
« Read The Fine Manual » : avant de demander, lis le manuel. D'où man, la doc intégrée que tu connais déjà.
Le « ~ » désigne ton dossier personnel. Un tee-shirt geek célèbre : « there's no place like ~ ».
La blague culte : les utilisateurs d'Arch adorent le faire savoir. Un badge de fierté (et d'autodérision).
Tu connais le décor — maintenant, prends la main sur un vrai terminal. Les commandes du Dojo marchent sur toutes ces distros.
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